Une conversation avec

Emmanuelle Sawko

Emmanuelle Sawko est calme et accueillante, à l’image de son appartement situé dans une toute petite impasse en plein tumulte du centre de Paris. C’est un lieu serein et hors du temps, qui invite à la déconnexion. La décoration est personnelle et de bon goût, on reconnaît quelques objets design, mais rien d’ostentatoire.


Emma est une entrepreneuse, adepte de la nourriture saine. Après avoir vécu à New York elle s’installe en 2011 à Dubai et lance tout de suite après le premier concept-store et restaurant bio et vegan de la région, frustrée de ne pas y trouver ce type d’adresse. Elle en fait un vrai lieu de vie, temple de la healthy food, et devant l’engouement qu’elle observe, se dit qu’il serait dommage d’en rester là. En 2017 elle ouvre Wild & the Moon à Paris, qui rencontrera le même succès et fera des petits. Emma Sawko nous partage sa vision et les secrets de sa réussite.


Décrivez-nous votre lieu de vie à votre façon. Les lumières, les bruits, les odeurs…

Pour moi, la lumière, c'est très important. Dans un appartement, j'ai besoin de luminosité, de clarté. Cela vient peut-être de mes années de vie passées à Dubaï où j'ai eu la chance de vivre sous le soleil. Dans mon appartement parisien j'ai besoin d'espace et de respiration. J'aime beaucoup les plantes également. J'ai mis plein de plantes ici au niveau des fenêtres. Et puis j'aime les appartements calmes. Pourtant je suis vraiment en plein cœur de Paris. Mais ce lieu dégage beaucoup de sérénité et de calme et cela m'apaise énormément, surtout après des journées agitées. J'aime me retrouver dans ce cocon d'apaisement, de calme et de lumière.

Comment l'aventure Wild & the Moon a-t-elle commencé ?

Grâce à mes enfants, je crois. J'ai eu envie d'un projet qui fait du bien, d'un projet vertueux. Tout a commencé avec mon premier concept-store à Dubaï, Comptoir 102, que j'ai lancé il y a neuf ans quand on a déménagé là-bas. J'ai ouvert un lieu pour y vendre plein de choses qui me manquaient ou que j'aimais. C'est un concept-store de mode, design, bijoux, et de produits de beauté clean. Il y a aussi une cantine. Il n'y avait rien à l'époque, c'était le premier restaurant sain de la région. Je rêvais de New York dans cette drôle de vie à Dubaï, qui est un peu l'empire de la junk food, entre autres, ce qui m'a donné envie de créer quelque chose de différent pour cette ville. Cet endroit a tout de suite marché. Les gens étaient intéressés par une nouvelle façon de s'alimenter à base de graines, de plantes. Une alimentation très végétale et bio. Le challenge a été de trouver des fermes locales qui travaillaient en bio. C'était très peu développé à l'époque là-bas et j'ai remarqué un intérêt grandissant. Ce qui m'a donné l'envie d'un projet encore plus vertueux, encore plus clean, plus vert et collectif. D'où l'idée de Wild & the Moon qui est une chaîne de restaurants vegan.


Vous avez grandi avec le goût de la nourriture saine ?

Oui cela fait partie de mon histoire. C'est même l’un de mes moteurs. J'ai eu la chance de grandir avec une maman consciente du rôle de l'alimentation sur la santé. Elle était déjà persuadée à l'époque qu'on pouvait se nourrir mieux et se soigner avec les plantes. J’ai été élevée en Suisse, très proche de la nature, de la montagne et de la mer. Et j'avais un grand oncle qui avait une ferme au Pays Basque dans laquelle je passais toutes mes vacances. Je crois que ça a été très fondateur pour moi de grandir au plus proche des animaux et de la nature. Il y a un lien qui a dû se créer à ce moment-là. Ce que je fais aujourd'hui n'est pas arrivé par hasard, ce lien très fort que j'ai avec la nature a certainement influé sur ma décision de travailler le végétal.


« J’ai eu envie d’un projet qui fait du bien, d’un projet vertueux. »
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Emmanuelle Sawko, fondatrice Comptoir 102 & Wild and the Moon


Pouvez-vous nous parler de vos gestes green au quotidien ?

Je ne circule qu'à vélo, par tous les temps. Qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau, je ne prends jamais de voiture. C’est l’un de mes premiers gestes green. Et puis évidemment, après, des choses plus classiques : je trie, je ne mange pas d'animaux, je ne laisse jamais couler l'eau des robinets, j'éteins toujours la lumière après moi, j'achète en vrac dès que je peux, j'évite le plastique par tous les moyens possibles. Ce n'est pas évident mais je me bats activement contre le plastique. Je crois que mon plus grand geste à moi c'est Wild & the Moon, mais ces gestes du quotidien sont importants également. J'espère les avoir enseignés à mes enfants.


Justement avec Wild & the Moon, quels sont vos engagements pour la planète ?

C'est un concept 100 % végétal qui ne comporte aucun produit d'origine animale, des fruits qui ont été cultivés de façon respectueuse, une agriculture biologique raisonnée, locale quand c'est possible. Nous ne sommes pas 100 % local parce qu'on travaille avec beaucoup de superfoods qui viennent de pays souvent lointains. Mais c'est aussi un gage de qualité parce qu'on essaie de prendre des produits extrêmement qualitatifs qui n'ont pas été transformés, qui sont travaillés sans additif évidemment, sans chimie. Nous essayons aussi de lutter activement contre le gâchis alimentaire. C'est pour moi un sujet très important. Comment ne pas gaspiller, comment transformer ? Redonner une vie à des aliments qu'on aurait peut-être jetés. Nous transformons beaucoup de choses, des fanes de carottes aux écorces de melon ou de pastèque. Nous récupérons aussi la pulpe des fruits et légumes que l'on presse pour en faire des crackers, des cookies, etc. On imagine de nouvelles recettes à partir de restes. Nous travaillons aussi avec des applis comme Too Good To Go qui nous permettent de nous débarrasser des invendus à des prix intéressants. A Dubaï on compost aussi énormément. Ici, on a moins la possibilité de le faire, mais à Dubaï, on est plus avancé sur ces sujets-là. Nous travaillons également des matières végétales pour nos packagings. C'est aussi une façon de lutter contre le plastique, d'avoir des packagings plus propres, sachant qu'il y a encore beaucoup de travail à faire à ce niveau. Ce n'est pas quelque chose de facile à trouver, et ce sont des choix qui ne sont pas évidents à faire quand on a une start up, parce que c'est beaucoup plus onéreux que de travailler avec des produits ou packagings plus conventionnels. Mais pour moi, c'est essentiel.


Vous dites vouloir faire de Wild & the Moon le Starbucks du bio. Est-ce que c'est important pour vous de démocratiser la nourriture vegan, de la rendre accessible à tous ?

Ça, c'est mon grand rêve. On en est encore loin évidemment, mais l'idée est de rendre très populaire une façon de se nourrir extrêmement saine. Comment est-ce qu'on fait ça ? On ne dit pas aux gens ce qu'il faut manger ou ne pas manger. Je pense que c'est vraiment à chacun de décider, mais si la nourriture est bonne, les gens reviennent car le plaisir est bien sûr la clé numéro un. On remarque aussi qu'en s'alimentant de cette façon cela procure une vraie vitalité, et je crois que c'est très addictif. Une fois qu'on a démontré ça, je pense qu'on a vraiment gagné le pari et c'est comme ça que ça se propage.


Ce n'est pas une punition de manger sain. Ce n'est pas que des graines et du vert, ça peut être extrêmement savoureux. On a voulu montrer aux Français que même un shot de spiruline ou de curcuma avait un intérêt évidemment sur la santé, mais également gustatif. Je crois que c'est comme ça qu'on a réussi à grandir assez rapidement et que les Français se sont intéressés à ce type de nourriture.


« C’est un concept 100 % végétal qui ne comporte aucun produit d'origine animale, des fruits qui ont été cultivés de façon respectueuse, une agriculture biologique raisonnée, locale quand c’est possible. »
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Emmanuelle Sawko, fondatrice Comptoir 102 & Wild and the Moon


Quels sont vos conseils pour manger sain quand on manque de temps ?

Manger sain, pourquoi est-ce que cela prendrait plus de temps que de manger malsain ? Une tartine d'avocat, quand c'est la saison, avec un pain qui ne soit pas industriel je ne vois pas en quoi est-ce que c'est plus compliqué que d'aller acheter un pain industriel au supermarché. Ça ne me parait vraiment pas chronophage que de manger sainement. Il suffit de se nourrir sur les marchés, de choisir des fruits et des légumes de saison, de se faire une salade avec une bonne huile d'olive, de s'amuser à mélanger des végétaux, des graines ou des protéines végétales. Il s'agit juste de prendre un peu de temps, mais moi je ne passe pas tant de temps que ça en cuisine. C'est agréable de cuisiner, ça fait du bien au corps et à l'esprit. Pour moi, c'est vraiment une façon de décompresser, c'est un état méditatif.

 


Vous avez réussi à convertir vos enfants à la nourriture saine ou ça vous arrive de les retrouver au McDo ?

(rires) Alors oui ça leur arrive de temps en temps ! Je suis contre les dogmes dans l'alimentation et en général. Ce qui est sûr, c'est que chez moi, il n'y a aucun produit industriel, ils n'ont pas accès à cette nourriture-là à la maison. Le plaisir de manger tous ensemble est essentiel. Je cuisine, on se retrouve tous les soirs autour d'un plat sain et tout ce qui provient de ma maison est sain. Ca c'est ma règle. Il n'y aura jamais de coca chez moi, ni de produits transformés. Les enfants y sont habitués. En revanche, s' ils ont envie de commander un McDo de temps en temps, je laisse faire. À eux de faire leur chemin, je ne suis pas derrière eux. Ils sont conscients, ils savent exactement ce qui est leur base, ce qui est bon pour la santé et ce qui ne l'est pas. À eux de faire leurs propres expériences.


Si vous deviez élaborer une recette à partir de votre plante préférée ?

J'en ai beaucoup. J'aime l'hibiscus par exemple. Je fais souvent des infusions de thé glacé à l'hibiscus. J'aime aussi la sauge, la menthe,... Un thé glacé à la menthe fraîche, je trouve ça délicieux. Des infusions à la sauge le soir, c’est super aussi.

Nous avons choisi L'Elégante, La Rêveuse et la Dorlotée pour vous, qu'est-ce que cela vous évoque ?

Je crois que ce sont des noms très doux, très féminins, sensuels. C'est sans doute ce qui m'attire. Ce sont des noms qui ont une connotation de rêve et je crois qu'on en a besoin en ce moment. De douceur aussi. Je me bats tous les jours dans mon boulot et j'ai besoin d'un peu de douceur pour équilibrer.

De ce que vous avez accompli, de quoi êtes-vous la plus fière ?

De mes cinq enfants. Les trois vrais : Thaïs, Joseph et Vladimir. Et puis les deux qui sont venus après : Comptoir 102 et Wild & the Moon. C'est vrai que je suis fière de l'entreprise que j'ai monté, et mes enfants aussi. Ça n'a pas été toujours évident pour eux parce qu'il y a eu beaucoup de sacrifices. Quand on monte une boîte, on ne fait que bosser, on a moins de vacances, de week-ends ou de soirées. Moi je n'ai jamais ouvert un cartable de ma vie. Heureusement, j'ai des enfants super qui sont très autonomes et travaillent bien. Ils ont beaucoup participé à nos projets, sont très curieux, et ont voulu tout savoir des entreprises que l’on créait. Ils se sont toujours intéressés à ce qu'on faisait et aux valeurs qui nous tiennent à cœur. C'est une grande source de fierté pour moi.


Si vous deviez imaginer une collaboration avec By Charlot, quelle serait-elle ?

J'imaginerais un jus ou une eau infusée à partir d'une de vos plantes. Je pense que ça serait vraiment sympa.Ou bien des jolis pots en céramique. J'adore le design, je m'occupe entre autres de la partie créative de nos marques et je suis une grande fan de céramique, donc oui des jolis pots en céramique By Charlot x Wild & the Moon !

— Photographies et texte : Andrane de Barry

la sélection d'emmanuelle sawko

la dorlotée

€39

L'élégante

€59

le virtuose

€39

la rêveuse

€44