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Une conversation avec

Emmanuelle Roule

Direction Marseille pour rencontrer Emmanuelle Roule, la céramiste qui a signé les pots de la collection Emmanuelle Roule × By Charlot. Les travaux de son atelier, situé à deux pas du Vieux-Port, touchent à leur fin. Nous en sommes les premiers visiteurs...


Des matières brutes, quelques outils et carnets de croquis, des planches d'inspiration et des objets en cours de création ont déjà pris possession des lieux. Emmanuelle nous montre les premières esquisses ayant servi de point de départ à l’élaboration des pots créés pour By Charlot. Chaque pièce a été pensée par l’artiste en fonction des plantes qui y trouveraient leur place. Après un long moment passé ensemble dans son studio de création, Emmanuelle nous a reçus dans son appartement voisin pour nous en dire plus sur cette collaboration.



Bonjour Emmanuelle, parlez-nous un peu de vous et de votre parcours…

Je suis Emmanuelle Roule, artiste et designer. J’ai une formation de graphiste, je suis diplômée de l’école Olivier de Serres à Paris en design graphique. Tout juste diplômée, j'ai fondé en 2007 mon studio de création, développant une pratique transversale entre l’image, l’espace et l’objet. J’ai intégré aussi à ce moment-là un collectif d’artistes plasticiens avec lequel j’ai travaillé pendant dix ans. Nous avons initié un projet artistique, la Banque du miel, qui développait une démarche environnementale mettant en relation les humains et les abeilles dans l’espace public. En 2012 j’ai mis les mains dans la terre. Je n’avais pas beaucoup de temps, mais je ressentais le besoin d’une pratique exutoire hors d’un travail de commande. À cette époque je vivais à Saint-Denis et j’ai regardé les cours que l’école municipale proposait. Il y avait une discipline que je n’avais jamais abordée durant mes études : la céramique. J’ai décidé de tester, sans aucune attente particulière. Je me suis donc retrouvée à suivre des cours du soir pendant trois ans avec un professeur assez génial.

Est-ce qu’il y a des artistes dans votre famille ?

Il y en a sûrement mais pas avoués. J’ai un schéma familial assez classique dans lequel la fibre artistique n’a jamais été un métier. Ce que je trouve assez génial, c’est que tout en n’ayant pas cette culture-là ou cette familiarité avec ce milieu professionnel, ma famille proche a toujours été derrière moi et m’a laissée suivre ma voie.


Vous nommez votre travail Géographie de la forme, pouvez-vous nous en dire plus sur cette approche ?

La Géographie de la forme porte sur deux éléments. Ce que raconte la géographie c’est cette organisation spatiale de phénomènes et d’événements qui influent les uns sur les autres. Elle défend aussi l’idée qu’une pièce – ou une forme qu’on dessine – existe dans son espace propre et avec l’espace environnant. Donc ce qui m’intéresse c’est ce lien d’altérité qui existe. C’est la raison pour laquelle les pièces que je réalise fonctionnent seules mais également en binôme ou en trio. La Géographie de la forme évoque également la terre, associée aux notions de territoires et de paysages, en lien avec la question du sol.


« Ce qui me passionne vraiment c’est ce que raconte le matériau, la manière de le travailler et ce que cela apporte. »
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Emmanuelle Roule, artiste et designer

Aujourd’hui, travaillez-vous uniquement sur commande ou trouvez-vous le temps d’avoir des projets personnels ?

J’ai beaucoup de chance car mon travail autour de la terre est une démarche très libre dans son approche. Et les personnes avec qui je travaille m’accompagnent sur ce terrain de l’exploration de manière assez ouverte. Je mène un travail de recherche et d'expérimentation autour du matériau terre, ou une pièce en amène une autre. Ainsi, mon travail de commande est souvent lié à mon travail personnel. Il naît d’une rencontre, et d’un croisement de réflexions et d’enjeux communs qui estampillent les nouvelles pièces produites.


Votre TRAVAIL EST TRÈS TERRIEN, IL STIMULE BEAUCOUP LES CINQ SENS COMME LE TOUCHER. Y A-t-il UNE DIMENSION MÉDITATIVE, PRESQUE THÉRAPEUTIQUE, DANS CE QUE vouS faîtes ?

Il y a sans nul doute une approche intuitive. Travailler la terre c’est une rencontre avec le matériau qui est basée sur l’altérité. Tant qu’on n’a pas mis les mains dedans, on n’a pas cette lecture, mais c’est vraiment quelque chose de très singulier. C’est aussi un moment suspendu. C’est ce qui est très agréable avec le travail de l’argile, on est dans une immersion totale. Dans cette relation qui se crée, on est presque en huis clos, ce qui donne une réelle capacité à déconnecter. Ce n’est pas ce que je cherche ni ce qui m’intéresse en soi, mais c’est quelque chose qui se produit. Ce qui me passionne vraiment c’est ce que raconte le matériau, la manière de le travailler et ce que cela apporte. Le toucher est bien sûr une composante essentielle. Et j’attache beaucoup d’importance à ce que les personnes touchent les pièces, car je pense qu’on ne les appréhende pas de la même manière en les regardant qu’en les touchant. Le travail de texture, de rendu comme par exemple le principe d’émaillage, il faut l’appréhender avec le toucher parce qu’il y a des reliefs et des textures que les yeux ne lisent pas, ou qu’ils lisent partiellement. Sur la question des sens, je développe tout un travail sur la cire d’abeille qui permet d’ajouter une dimension olfactive. Enfin, il y a un autre élément que j’aime beaucoup dans la terre, c’est le fait de l’écouter. La terre est sonore, une pièce fait en quelque sorte caisse de résonance, et ce qui est incroyable c’est qu’en manipulant la terre on a des sons qui apparaissent. Je travaille essentiellement à basse température sur les cuissons et la terre conserve un son ouvert, et non un son sourd, plus caractéristique des cuissons à haute température.


« Il y a un autre élément que j’aime beaucoup dans la terre, c’est le fait de l’écouter. »
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Emmanuelle Roule, artiste et designer

Vous vous êtes installée à Marseille il y a peu, qu’est-ce qui vous a attiréE dans cette ville ?

J’ai un attachement de longue date pour cette ville. J’y viens depuis mon adolescence, elle fait partie de ma vie et je me disais depuis longtemps que ça pourrait devenir un point de chute. Ce qui a accéléré mon arrivée ici c’est le fait que mon travail de recherche autour de la terre, nommé Patrimoine vivant, a été en partie lancé au Maroc à l’invitation de l’association Memori. Ce projet prenant de l’ampleur, la question du territoire et de son développement est apparue. Marseille faisait sens pour héberger ce projet, tandis que Paris devenait presque un contre-sens. L’idée était donc de donner encore plus de connexion et d’alignement à un projet qui me tenait à cœur.


La lumière est belle ici, la nature est omniprésente, que vous inspirent-elles au niveau créatif ?

Tout. La lumière est très réjouissante ici et elle a une capacité à moduler les espaces et les formes qui m’intéresse vraiment. C’est très agréable au quotidien. Et en ce qui concerne la nature, c’est magique d’être si proche d’un paysage comme les Calanques, qui est en grande partie constitué d’argile. C’est encore une relation à la terre qui me plait.


« C’était l’opportunité pour moi de développer des pièces plus massives, sur le champ de la série »
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Emmanuelle Roule, artiste et designer


Pouvez-vous NOUS PARLER DE votre COLLABORATION AVEC BY CHARLOT ?

Nous sommes partis dans l’idée d’imaginer un projet transversal sur tous les champs d’application qui m’intéressaient, en mêlant leur approche de la plante et du pot. C’est comme ça que nous avons imaginé une collaboration. C’était l’opportunité pour moi de développer des pièces plus massives, sur le champ de la série, qui n’est pas mon approche habituelle mais qui m’intéressait dans l’optique de penser à différents registres de formes. Et surtout cela me permettait de développer la pratique du tournage, que je ne pratique habituellement pas dans mon travail, et de collaborer avec des artisans potiers dont j’estime l’approche.

De tous les pots que tu vous avez créés pour By Charlot, si vous deviez n’en garder qu’un, lequel serait-il ?

Si je devais garder une seule pièce ce serait KAPLA. Elle me plait dans sa complexité et dans le registre de forme qu’elle questionne. Quand je l’ai dessinée, elle était inspirée d’un principe de table basse, et toute cette question du mobilier en terre m’intéresse beaucoup. C’est un terrain sur lequel je veux développer ma recherche, donc pour moi ce sont des prémices de réflexion. Je sors du champ habituel dans lequel j’interviens. Bien que je les aime toutes, mon coup de cœur c’est donc cette pièce, pour son esthétique et son rendu.


« Si je devais garder une seule pièce ce serait KAPLA. Elle me plait dans sa complexité et dans le registre de forme qu’elle questionne. »

Emmanuelle Roule, artiste et designer


Quelle est la plante By Charlot qui vous ressemble le plus ?

Celle qui m’a tapé dans l’œil c’est L’Élégante. Déjà parce qu’elle a une noblesse de la couleur, avec un vert qui est très beau. Mais aussi parce qu’elle a un certain charisme qui me plait, et qui était le point de départ pour penser certaines pièces en correspondance.


« L’Élégante a une noblesse de la couleur, […] un certain charisme qui me plait »
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Emmanuelle Roule, artiste et designer

Nous sommes allés visiter votre atelier qui est en cours de finalisation. Quel est votre projet pour cet endroit ?

C’est un projet assez conséquent, que nous sommes en train de monter à deux. Marseille a été, il y a longtemps, une terre de faïence. On connaît Giens et Limoges à juste titre, ou Sèvres comme villes de céramique, mais on oublie souvent Marseille. Donc cela m’intéressait vraiment de reconnecter avec ce passé, tout en projetant des enjeux actuels et contemporains. L’idée de ce lieu est de créer un espace dédié au matériau argile en plein cœur de Marseille, avec deux entités distinctes mais complémentaires. D’un côté mon studio, pensé comme un espace dédié à la recherche et à l’expérimentation. Et de l’autre côté un lieu public ouvert quotidiennement pour des cours pour adultes sous forme d’ateliers menés par des céramistes locaux. Cet endroit ouvrira ses portes au printemps prochain.

Pour finir, pouvez-vous nous donner trois petits ou grands bonheurs de votre vie à Marseille ?

Ils sont plus nombreux…. Pourtant il va falloir faire un choix ! Vu la période, je ne parlerai pas des restaurants… Pourtant il y a de très bonnes tables à Marseille. Je citerais d’abord la lumière, qui a une capacité à donner une lecture du paysage qui est réjouissante. Évidemment la mer et l’horizon. Et je dirais aussi la question même des savoir-faire, les métiers d’art qui font partie de l’identité de ces terres provençales.

— Photographies et texte : Andrane de Barry
— Emmanuelle Roule est habillée par American Vintage

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